2013 Avril

Y'acarien faire!: cas et MM de Sarcoptes scabiei

de Jean-Thierry Cambonie

Pour ce cas clinique, le non verbal exprimé par les mouvements du corps est très important. Le texte n'est qu'un complément qui nous amène au remède.

Patient (P) : Je viens pour 2 choses : j'ai continuellement mal dans les jambes et dans les muscles des jambes. Mon docteur pense que c'est de la fibromyalgie et en plus, le soir, je fais des impatiences, vous savez, la « maladie des jambes sans repos », et ça me perturbe beaucoup. Cela m'empêche de m'endormir, ça me réveille dans la nuit. J'ai aussi des problèmes de ménopause. Je n'ai pas encore trouvé de solution jusqu'à aujourd'hui pour toutes ces choses-là.

JTC : Vous m'avez dit : « J'ai des problèmes de ménopause » ?
P : J'ai des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes par périodes, ce n'est pas régulier. J'ai aussi des douleurs dans le bas ventre et le dos, mon ostéopathe ne voit rien et mon gynécologue dit que c'est hormonal. Des fois, je ne peux pas rester assise et j'ai aussi mal dans tout le côté droit à la tête.
On me dit que ce sont des signes de pré-ménopause... Mais je n'ai pas de solution et mon ostéopathe m'a adressé chez vous.

JTC : Qu'est ce qui vous gêne le plus ?
P: Ce sont mes jambes. C'est très vieux, j'ai mal dans la journée, c'est au niveau des cuisses, j'ai mal et ça me prend aussi dans les pieds... Et le soir, ce que j'ai en plus, quand je suis couchée au bout de 10 minutes, je commence à bouger, à tourner. Je bouge comme ça (elle s'anime, comme une danse,  le mouvement part du dos et du tronc puis les épaules suivent, puis les jambes). Moi, je dis que j'ai les nerfs après moi, dans les jambes et dans le corps, ce qui fait que je passe deux heures avant de m'endormir. Les impatiences me réveillent la nuit, je me lève, je vais prendre une douche et il faut que je bouge... Je bouge aussi les jambes, mais la nuit, c'est quelque chose que je ne supporte pas. Ce qui fait que le matin, je ne suis pas en forme. Cela me prend aussi dans la journée, c'est comme si j'étais pleine de tics.

JTC: Vous faîtes ce geste (elle présente ses deux mains comme un crabe avec ses pinces) et vous dîtes «  ça me prend les nerfs. » On dirait que vous voulez expliquer quelque chose.
P: Quand je fais ce geste, il y a quelque chose qui me prend, ce n'est pas moi, je suis prise par quelque chose. Je ne sais pas ce que c'est, ça commence à me prendre dans le dos et après je sens que c'est partout dans les jambes et les bras... Dans le lit, c'est insupportable. J'ai l'impression de ne pas être moi-même, et je le supporte tellement peu que l'on est capable de faire une bêtise dans ces cas-là… C'est tellement fort que je ne peux pas expliquer cette force... Je me cogne la tête contre les murs... Il faudrait que ça sorte... Peut-être qu'il y a quelque chose en train de sortir..., mais c'est très difficile à supporter, ça m'épuise physiquement et c'est insupportable psychiquement. Parfois, je me dis que c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans ma tête, ça doit être le cerveau qui est dérangé... Il y a quelque chose qui disjoncte. Le toubib m'a donné du Rivotril, des antidépresseurs, du Myolastan, et ce n'était pas plus positif, donc j'ai arrêté tout ça. Il m'a dit qu'il fallait augmenter les doses mais je n'ai pas eu envie.

JTC: Vous me dîtes : « Ce n'est pas moi ,» racontez moi un peu plus.
P: Je ne suis pas maître de mon corps, donc ce n'est pas moi qui fais faire ça, mais je ne sais pas ce que c'est. J'ai l'impression que ce n'est pas moi, je ne sais pas d'où ça vient... Si je pouvais être moi, je serais capable de me maîtriser mais je ne peux pas. Cela me dépasse.

JTC: Cela vous dépasse?
P: La nuit, je le vis très mal, car j'aimerais être plus forte que cette chose là et dans la journée, je n'y pense pas. La journée, je ne suis pas bien, mais dans la nuit, je ferais n'importe quoi, je taperais, c'est pour ça que je dis « je ne suis pas moi, » je ne suis pas de ce tempérament là. Ce n'est pas moi en temps ordinaire et il y a quelque chose ou quelqu'un qui vient la nuit... Qu'est ce que c'est, je n'en sais rien.

JTC: Depuis quand cela s'exprime comme ça ?
P: Depuis très longtemps, avec des hauts et des bas. Depuis 1995-96, où j'ai passé des nuits blanches. Cela me réveillait dans la nuit. J'ai eu un décès, j'ai perdu mon frère, et j'ai pensé que c'était le contre coup, mais ça continue... J'avais ça avant (avant le problème de santé de son frère), mais par crises et c'est là que l'on m'a donné tous ces médicaments.

JTC: Donc, avant le souci de votre frère, vous aviez déjà ça?
P: Oui, mais pas à ce stade là, seulement de temps en temps... Quand j'étais petite et que ça me prenait, ma mère me disait : « Tiens, voilà que la lune change. » Petite fille, je n'arrivais pas à m'endormir. Et c'était déjà quelque chose de ce type là, il y avait des périodes où j'étais très agitée, où je me réveillais... Il y avait toujours une cause, c'était une fois la lune, puis les vers...

scabiesJTC: Que vivez-vous comme expérience dans cet état ?
P: Comme si j'avais des bêtes (elle se gratte les bras), ça part de la colonne vertébrale et ça descend... Ca passe partout, c'est la tête, c'est la joue, comme si  j'avais quelque chose entre la peau et la chair. Quelque chose qui est là, comme un alien -je ne regarde pas ces films là... Et puis ça passe un peu partout et il faut que je bouge (elle se dandine de tout le corps). Comme si quelque chose voulait entrer ou est entré. Je ne sais pas comment c'est, la gale, ou je ne sais pas quoi, c'est quelque chose qui vous ronge, qui est là pour vous titiller. C'est une chose qui... « Je suis là, je ne sais pas pourquoi je suis là, donc moi, je ne sais pas pourquoi c'est là et il faut bien que tu penses que je suis là et je suis là pour t'embêter. » Cela vient au niveau du dos, puis ça s'en va dans la tête, dans tout le corps et puis je me dis « je suis à  moitié anormale, » il faut que je bouge, quelque chose qui me titille... Quelque chose qui passe partout. Ce qui est le plus dérangeant, c'est quand ça passe dans la tête, là, c'est vraiment insupportable et je me dis « je vais me taper la tête contre les murs. » Comme quelque chose qui veut prendre ma place. Quelque chose ou quelqu'un qui a un moment donné veut être moi. C'est surtout pénible, le matin, j'ai mal partout, mais le plus pénible, c'est la gêne, la fébrilité, ne pas être maître de soi.

JTC: Pénible... Racontez moi un peu plus.
P: Ne pas pouvoir maîtriser cette chose là... c'est épuisant. Si je lutte ou que je laisse aller, c'est épuisant. Cela prend mes forces... Et c'est pénible, ça revient, c'est là, c'est répétitif. Cela me ronge, elle essaie de me pénétrer... Ca me bouffe la vie, ça me met le moral à zéro.

JTC: Qu'est ce que vous vivez alors?
P: Quand j'ai le moral à zéro... j'ai même pensé que quelqu'un me voulait du mal... je n'ai pas pu trouver qui. D'abord, je me suis culpabilisée par rapport à mon frère. Est-ce qu'il y a quelque chose que je n'ai pas faite? C'est peut-être lui, est-ce qu'il attend quelque chose? Je pense que j'ai fait tout ce que je pouvais et comme c'était là avant le problème de mon frère, je me dis que peut-être, c'est quelqu'un d'autre. Cela tournait autour de mon frère. Et puis, j'ai arrêté, en me disant que j'étais sur la mauvaise piste. Avant, quand je ressentais la chose, je pensais à lui. Maintenant, je me dis, ça revient, c'est encore là. J'en suis là. La nuit et le soir, ça vient quand je suis relâchée.

JTC: Décrivez moi un peu plus ce qui se passe à ce moment là.
P: Je vais encore m'exprimer avec les gestes (elle gesticule) : quelque chose qui pénètre en moi et qui m'agace, c'est difficile à exprimer.

JTC: Racontez-moi ce geste.
P: Cela me fait comme des tensions électriques, des décharges électriques, et en faisant ce mouvement (elle agite ses mains fébrilement), ça me libère. Quelque chose de très fort, et le fait de bouger comme ça, ça diminue. Ce mouvement chasse cette sensation. Le fait de bouger... ça ne va pas s'instituer (elle fait des gestes des poignets comme au baby foot). C'est comme si on voulait déboucher quelque chose, comme une canalisation et comme ça ne passe pas bien... quelque chose qui rentre partout. Quand quelque chose est bouchée, vous insistez pour que ça entre... et ça n'entre pas du premier coup. Moi, ça n'entre pas du premier coup chez moi... C'est là, ça prend son temps, ça vient, ça revient. Je pense que mon corps a envie de résister et cette chose essaie par tous les moyens de trouver le biais, pour pouvoir rentrer. Elle essaie alors toutes les ramifications des nerfs... et se dit : « Si je peux aller là, je vais là ou je vais là... si je n'y arrive pas, je tente ailleurs. » ; c'est une tête chercheuse qui essaie de voir où on peut aller, et quand je bouge, j'ai l'impression que je l'aide et que je l'aide aussi à sortir.

JTC: Qu'est ce que ça vous évoque : « Elle essaie toutes les ramifications... oui-non, oui-non… » ?
P: Quelque chose qui cherche à sortir et qui essaie toutes les issues inimaginables..., une tête chercheuse.

JTC: Qu'est ce que ça vous évoque « cette tête chercheuse » ? Vous faites la moue en en parlant.
P: J'en ai marre. C'est difficile d'en parler. C'est la première fois qu'une personne m'écoute de cette façon là, d'habitude on ne me laisse pas parler jusqu'au bout... je suis épuisée de tout ça... Je me dis, un de ces jours, ça va me péter dans le cerveau... Le docteur me dit que c'est la ménopause... moi, je pense que c'est nerveux : depuis toute petite, je suis très nerveuse, je garde plein de choses en moi. Je prends tout sur moi, et je n'expulse pas.

JTC: Expulser?
P: Je prends les choses, je serre les dents, j'avale et je garde tout sur moi. Quand il y a des problèmes familiaux, je prends sur moi et je me renferme, je serre les dents. Le matin au réveil, j'ai mal à la mâchoire.

JTC: Qu'est ce que vous avez eu comme maladies ?
P: en résumé : des dépressions en 84 et en 95, qui ont duré : « Je suis allée au delà de mes limites, » de la fibromyalgie ces dernières années. A l'âge de 12 ans « je voyais tout en noir... c'était une dépression. » Très mal, suite au déménagement...

Elle parle de son enfance... d'un sentiment d'infériorité sociale... de la naissance de son petit frère. Mère anorexique et dépressive : « J'étais très près de maman, je n'ai pas porté mon petit frère mais j'étais très proche de lui. »  

Elle parle d'histoires personnelles dont je ne veux pas noter ici... Elle a vécu un drame familial : « Est-ce que l'on m'en veut ? » (Elle a vu une voyante... Mais l'objectif est de revenir à la sensation).

JTC: Pour revenir à cette sensation de gêne, combien de crises avez-vous?
P: En ce moment, c'est tous les jours, ça ne lâche pas. C'est quelque chose qui a du mal à passer et qui cherche son chemin – c'est peut-être le mien que je cherchais, remarquez –  et c'est bouché. Il y a un sens interdit ou un cul de sac, mais c'est bouché... Peut-être trouver un chemin, mais c'est bouché..., je n'en sais rien.

JTC: « Quelque chose qui a du mal à passer, » qu'est ce que ça vous évoque?
P: Je ne suis pas ce que je suis moi-même. Cela fourmille, ça cherche. En faisant ça, (geste de fermeture et d'ouverture des mains rapidement), ça m'aide à le chasser ou à faire chasser la chose ? Je me frotte très souvent parce que j'ai l'impression que j'aide, ça va passer, ça soulage. Ce n'est pas que ça me fasse mal, c'est gênant, et les frottements profonds, les massages fortement appuyés me soulagent les douleurs des cuisses.

JTC: On dirait que c'est sous la peau?
P: Oui, j'ai l'impression que c'est la gale ; mon fils a eu la gale. Cela lui faisait des galeries...

JTC: Vous êtes plutôt frileuse?
P: J'ai souvent très froid. Quand j'ai très froid, ça veut dire que c'est mon corps qui est froid. Je  n'arrive pas à me réchauffer. Et quand ça commence dans mon dos, il peut faire 50°, j'ai froid.

JTC : Parlez-moi de l'expérience du froid.
P: J'ai passé un été en 89 avec deux pulls sur le dos, j'étais sur la plage et mon corps était froid. Je peux me mettre 50 choses sur le dos, j'ai froid... La seule chose qui me fasse du bien, c'est une bouillotte très chaude au niveau de la colonne vertébrale et c'est ce qui me soulage. Parfois, j'ai des crises. J'en ai eu une, il y a 15 jours : froid de la tête aux pieds. Le froid est intérieur et je suis glacée quand on me touche.

JTC: Désirs alimentaires? Le sucre. Pas d'aversion.

La première consultation s'achève faute de temps.  Je lui propose de la revoir 3 semaines après, avec 2 objectifs pour la consultation suivante :

lui faire décrire la chose, donc la SOURCE avec plus de précisionsson vécu de la maladie.

Prescription : Psorinum 200 k est donné, en pensant aussi à X.

2° Consultation ; trois semaines plus tard   

P: J'ai des crises plus ou moins. C'est plus irrégulier. J'ai l'impression d'être moins en crise qu'il y a 3 semaines. Cela me dérange moins la nuit. J'accepte plus facilement quand ça me vient avant que je m'endorme.

JTC: Racontez-moi.
P: Les crises viennent toujours avant de m'endormir et pendant le sommeil, ça va me réveiller, mais ça va être de courte durée. Cela dure 1 heure avant de m'endormir, 1 h au lieu de 2 ou 3... Mais les crises ont pu s'arrêter 2 ou 3 mois et reprendre après. Les sensations, je les ressens toujours, c'est pourquoi je vous dis que je suis toujours en crise mais je les sens moins fortes. Il y a tellement eu de hauts et de bas que seulement quand il n'y aura plus de crises pendant 2 ou 3 ans, j'y croirai.

JTC: Vous êtes dans une phase d'amélioration et de doute... Qu'est ce qui est moins fort ?
P: La sensation d'être grignotée est diminuée. J'ai toujours la sensation de gêne mais moins d'être pénétrée sous la peau. La sensation de gène est moins pénible, j'ai moins besoin de bouger, si je suis possédée ou je ne sais pas quoi... et je suis pleine de tics, alors que là, je sens que j'ai quelque chose... mais c’est moins pénible et ça fait... moins mal. Les douleurs dans les jambes sont là moins souvent. Elles sont là, au niveau des cuisses et des bras (elle montre les parties antérieures des bras et membres inférieurs). J'ai des sensations de  brûlure dans les jambes, comme des aiguilles dedans. J'ai aussi des douleurs dans les talons. J'ai le feu dans les jambes avec des jambes très froides. L'intérieur est très chaud avec la peau froide. Les crises sont moins irrégulières. Les impatiences dans les jambes, c'est quand je ressens quelque chose en moi (elle remontre le mouvement habituel où elle se trémousse sur son siège comme si quelque chose la gênait), et, pour arriver à améliorer ça, j'ai pris conscience que j'ai tendance à me bercer. Cela commence toujours dans le dos puis ça continue dans les jambes et  les bras puis tout le corps.

JTC: Qu'est ce qui est le plus pénible?
P: La sensation de ne pas être soi-même, que je ne maîtrise plus mon corps, qu'une chose veut quelque chose, c'est elle qui critique, qui veut m'embêter. Qu'est ce que j'ai fait ? Je me suis posée beaucoup de questions. Pourquoi tout d'un coup, vous êtes prêt à vous endormir au moment du coucher et quelque chose vient vous embêter?

JTC: Vous vous posez toujours beaucoup de questions?
P: Beaucoup moins. Je m'interroge beaucoup moins par rapport  à avant. En ce moment, je ne me pose pas de questions. Avant, je me disais : « Il ne faut pas que tu te laisses prendre. » Quand ça vient, j'essaie d'être près de mon corps et de me calmer. Quand ça prend, je peux paniquer. Mais en ce moment, je ne me pose plus de pourquoi, comment. Quand ça vient, ça vient… Il y a quelque chose qui se passe au niveau de la colonne vertébrale, comme si quelque chose me pénétrait (elle mime beaucoup avec son corps les mouvements qu'elle fait quand elle est face à cette sensation). Il y a quelque chose en moi et il faut que je bouge, c'est du ressenti. C'est difficile à expliquer. Cela ne peut pas me laisser tranquille, ça m'agace, ça m'embête, il faut que je bouge. En ce moment, ça dure moins longtemps. J'ai l'impression d'être en pleine crise quand je m'endors. Je ne peux pas expliquer comment ça s'arrête. La seule façon de me soulager, c'est de me bercer. Cela me prend vers 22 h, c'est vraiment quand mon corps se relâche et c'est là que je suis obligée de bouger. J'ai l'impression d'être dominée. Déjà, je rentre dans le même jeu, je suis soumise quelque part. Malgré moi, il faut que j'arrive à faire ça, à bouger et cette sensation intérieure diminue. Il faut que ça bouge, il y a quelque chose qui me pousse, je suis soumise quelque part. Je ne résiste pas à la chose, je vais dans ce que mon corps demande, quelque part, je joue comme lui, je vais dans son sens.

JTC: Expliquez moi un peu plus ce qui vous agace.
P: Quand vous avez un petit quelque chose (elle imite quelque chose qui la pique de façon répétitive) à un moment, ça vous énerve, ça vous agace... Maintenant, je n'insiste même plus, je marche dans la combine.

JTC: Parler moi du « petit quelque chose... »
P: Ce petit truc qui est là (elle montre à nouveau), qui essaie de rentrer... en bougeant, ça permet de mieux pénétrer, cela ressemble à une pieuvre avec plein de bras. Une petite tête à l'autre bout, une tête chercheuse. Une bête noire avec des grands machins qui essaie de rentrer. Quelque chose de pas grand, pas très grand mais avec un tas de trucs... (Elle fait des gestes évoquant des bras ou des pattes), un tas de bras et la tête chercheuse.

JTC: Qu'est ce qui est le plus inquiétant ?
P: Cette chose me domine. Dès que je la sens, je marche dans son sens. Je l'aide à me pénétrer. C'est pourquoi je vous dis que je suis soumise.

JTC: Quel est le moment le plus terrible?
P: C'est terrible à chaque fois. Le plus terrible, c'est quand ça atteint la tête, je suis prête à me taper la tête contre les murs. C'est quelque chose d'insupportable.

JTC: Qu'est ce qui se passe alors?
P: Cela me pousserait à me taper la tête contre les murs, à m'éclater la tête. Alors je bouge la tête, je la secoue, la secoue... peut-être qu'un jour je finirais par me cogner la tête... pour l'instant, j'ai toujours pu rester lucide... C'est douloureux parce que j'ai l'impression d'être en crise de démence. C'est du ressenti, ça, j'ai encore du mal à l'accepter... (Observation : la patiente est en dialogue intérieur... elle pleure). Je me dis que je comprends comment les gens pètent les plombs parce qu'on n'est pas toujours maître de son corps et... jusqu'à maintenant, j'ai toujours eu ce moment de lucidité, et... je pense que si je me cognais la tête, je me ferais très mal. Je pense qu'à un moment donné, je suis à un passage où je ne suis pas mal du tout... pour l'instant, la bonne étoile a toujours été là... La sensation de gêne dans la tête, c'est ce qu'il y a de plus pénible... tant que c'est le corps, c'est difficile à accepter... mais la tête, c'est atroce. Dans ces moments de crise, j'ai l'impression que ma langue gonfle beaucoup, qu'elle double de volume, que je vais étouffer, c'est la panique. A un moment, je mâche ma langue comme si elle s'engourdissait... puis je peux reprendre peu à peu mon souffle. La première fois que c'est arrivé, j'ai pensé à une allergie et après, j'ai remarqué que c'était pendant la crise. C'est un peu comme pendant les crises, quelque chose qui vous titille dans la bouche... c'est impensable... je fais comme pour le corps, je bouge la langue et la remue. J'essaie tout cela pour que ça se passe le plus vite possible.

JTC: Quand c'est au niveau de la tête, c'est désagréable?
P: C'est plus que désagréable, la tête va éclater, j'ai peur, je panique... j'ai peur de faire des conneries... de me faire éclater la tête. Je n'ai jamais vu des gens fous... ou en crise de démence, je comprends qu'on ne puisse plus contrôler.

JTC: Qu'est ce qui est le plus terrible?
P: « Attention jusqu'où tu vas aller, essaie de te dominer ! » Dans mes rêves, je mords souvent  les gens quand je suis en colère...

JTC: D'autres sensations pendant ces crises?
P : J'ai la sensation de passer dans un autre monde, je passe dans quelque chose que je n'ai jamais connu. J'ai l'impression que je ne suis pas tout à fait devenue folle, mais que j'ai fait une crise de folie. Il y a quelque chose qui disjoncte en moi, j'ai la tête en ébullition, ça bouillonne, l'impression que la tête n'est pas nette... comme l'eau qui bout (elle s'agite beaucoup et décrit 2 cercles de chaque côté du visage). Ca bouge, ça pète, ça bouillonne, ça passe partout... un tourbillon. Le passage de la crise au sommeil se fait sans que je  m'en aperçoive. Le lendemain, ça fait très mal. Je ne suis jamais arrivée à voir comment ça s'arrête. Cela arrive vite et part vite. Je prends des crises en position allongée (puis la patiente donne d'autres informations moins intéressantes. Je vous livre les petites phrases de la fin, qui nous font comprendre ce qu'elle pense de l'homéopathie). Je suis sceptique avec vos petits granules...

Pas de prescription puisqu'il semble y avoir un mieux.

3°Consultation ; six semaines plus tard 

On assiste à une reprise des crises avec un début de cycle d'aggravation.
Points à noter :

périodicité annuelle : surtout grosses < au printemps (fev-mars) et en automne (oct-nov)périodicité circadienne : < vers 22h et la nuitmodalités : > en se berçant, les bains chauds, le mouvement +++oxyurose +++enfant: résistante au manque de sommeil. Dormait peu et récupérait vite

galePrescription : Sarcoptes scabiei 200 K

4° Consultation ; deux mois plus tard 

JTC: Comment cela se passe?
P: Ce n'est pas trop mal. J'ai des périodes où c'était comme ça (elle montre de la main une ligne horizontale et stable en opposition avec les hauts et bas des fois dernières). C'est peut être dans la bonne direction. Il y a des nuits où je me réveille, mais ça ne dure pas longtemps et c'est supportable. Mais cela ne m'empêche pas trop de dormir, donc je suis satisfaite dans un sens.

JTC: « Satisfaite dans un sens »? Qu'est ce que cela veut dire dans un sens ?
P: Eh bien, je commence à y croire, je me dis que je suis dans la bonne voie. Je vous ai dit que j'y croirai le jour où j'aurai passé des années et des années (son geste indique sans les hauts et les bas) et là, je me suis rendue compte que c'était moins fort, que ça s'atténue...

JTC: C'est moins fort de combien?
P: Cela va être moins fort en durée, c'est l'espace d'un quart d'heure. C'est moins long par rapport à autrefois : 1h- 2h, voire 3h, ça dépendait des fois.

JTC: Et sur une échelle de temps ?
P: Minimum 4 fois. C'est quand même moins important...

JTC: C'est même très important pour une maladie qui dure depuis combien d'années?
P: 10 ans... Et puis ce n'est pas régulier, ça ne me prend pas toutes les nuits, ça me prend de temps en temps et puis d'autres fois, ça ne prend pas du tout.  C'est irrégulier... Il y a encore quelque chose mais, je vous l'ai dit, parfois il y a des périodes où je n'ai rien du tout. Maintenant, ça va me réveiller, mais je me rendors assez rapidement, je ne suis pas là à me lever, à brasser. C'est quelque chose de très, très court. J'ai eu deux ou trois nuits où ça a duré une heure ou deux, mais dans l'ensemble, je n'y pense pas. Cela part comme c'est venu. C'est quelque chose qui pour moi va vers le positif.

JTC: Comment vivez-vous le fait que ça aille vers le positif ?
P: Je vis au jour le jour. Je ne me dis pas, je vais vers quelque chose de bien. Je dis, cette nuit, tu as pris quelque chose de bon, c'est bon, on verra ce soir. J'ai eu trop de choses où ça allait bien, puis après, ça allait très, très mal...

JTC: Vous dîtes que cela vient rapidement en un quart d'heure ?
P: J'ai tendance à me coucher assez tôt maintenant. Le soir, je suis fatiguée et j'ai tendance à m'endormir facilement, autrefois ce n'était pas le cas. Puis, dans la nuit, ça me réveille, ça me fait mal, mais ça ne dure pas longtemps. Je me masse, je me frotte, je bouge, je me balance dans le lit, puis je me rendors assez facilement. C'est finalement très court.

JTC: Et pendant ce moment là, comment ça se passe?
P: Eh bien, comme d'habitude, il faut que je bouge.

JTC: Et l'intensité?
P: L'intensité... c'est quand même assez fort, parce que ça me réveille mais l'intensité, c'est... du moment que ça ne dure pas longtemps, ce n'est pas si intense que ça, du moment que ça ne dure pas longtemps et que vous êtes maître de vous... Là, ça me réveille  tout d'un coup... Le lendemain matin, je me dis que ça n'a pas duré longtemps. Donc, c'est quelque chose qui passe, c'est quelque chose de passager. Mais comment ça vient et comment ça part, je ne peux pas vous l'expliquer.

JTC: Vous dîtes : « Cela n'a pas la même intensité car cela n'a pas la même durée. » Avant, il y avait une sorte de crescendo?
P: Oui, quand ça me prend, ça monte de plus en plus et quand je ne peux plus le supporter, ça vous ferait péter la tête. Alors que là, ce n'est plus cette sensation, c'est là, ça me dérange, ça me réveille... c'est supportable déjà, et puis c'est moins fort, c'est moins long. C'est nettement moins pénible. C'est rien par rapport à ce que je suis d'habitude. Cela vient perturber ma nuit, mais ça n'a pas de séquelles pour le lendemain matin, je veux dire que je ne me sens pas fatiguée, je n'ai pas mal partout...

JTC: et par rapport à ces douleurs de jambes et de muscles, comment ça se passe? C'est la première chose que vous m'avez dite lors de la première consultation : « J'ai des douleurs de jambes et dans les muscles. »
P : En ce moment, c'est bien...

FIN ET SUIVI
La sensation est toujours là... mais beaucoup moins importante et la patiente n'aura plus envie d'en parler par la suite. Je soigne son mari qui me donne des nouvelles de sa femme. Le vécu est bien meilleur. La patiente est devenue optimiste, les changements sont profonds, le sommeil bien meilleur. Les signes périphériques, les douleurs musculaires de tout le corps, en particulier du bassin et du dos, ont disparu. Restent les bouffées de chaleur. On ne parle plus de syndrome des jambes sans repos. L'état de la patiente reste stable 6 ans après. Elle n'a plus fait de dépression. Le couple ne fait plus chambre à part. Elle a présenté des bouffées de chaleur, un an après, résolues par téléphone avec Sepia.

Analyse
Règne animal
Parasite
Gale
Sarcopte Scabiei hominis

Gale
La gale, dermatose parasitaire contagieuse, est due à un acarien, Sarcopte scabiei hominis, parasite humain obligatoire.

Agent pathogène
La femelle sarcopte (0,4 mm de long) est responsable de cette maladie. Elle creuse un sillon dans la couche cornée de l’épiderme et dépose ses œufs au fond de celui-ci.  L’adulte vit 4 à 6 semaines, mais seulement 24 à 36 heures en dehors de son hôte. En revanche, les œufs vivent une dizaine de jour dans le milieu extérieur.
La femelle sarcopte (0,4 mm de long) est responsable de cette maladie. Elle creuse un sillon dans la couche cornée de l’épiderme et dépose ses œufs au fond de celui-ci. L’adulte vit 4 à 6 semaines, mais seulement 24 à 36 heures en dehors de son hôte.

Sarcoptes scabiei var. hominis
Epidémiologie
La gale est essentiellement transmise par contact humain direct, elle est également sexuellement transmissible.
Sarcopte scabiei parasite des millions d’individus dans le monde sur tous les continents, de tous niveaux sociaux et de tout âge. La gale survient par épidémies cycliques, notamment dans les foyers de personnes âgées.

Clinique
La gale commune de l’adulte
La période d’incubation est de 2 à 3 semaines, puis un prurit intense, généralisé et à recrudescence nocturne apparaît, il est le signe majeur de la gale commune.

Les lésions spécifiques de la gale – sillons scabieux et vésicules perlées – doivent être recherchée au niveau des espaces interdigitaux des mains, de la face antérieure des poignets, des coudes, de la face antérieure de creux axillaires, de la région ombilicale, des fesses, de la face interne des cuisses et des mamelons chez la femme. Des nodules, les nodules scabieux, peuvent être observés au niveau de la verge et de la face antérieure des creux axillaires. Ces lésions spécifiques peuvent manquer et être remplacées par des lésions secondaires, stries de grattage, papules excoriées, eczématisation et surinfection (impétigo). Lésions interdigitales

Classification
Embranchement Arthropodes
Sous-embranchement Chélicérates
Classe Arachnides
Famille Sarcoptidae
Genre Sarcoptes scabiei var. hominis

Arthropodes : (du grec : Arthron = articulation et Podos = pied) Ce sont des Invertébrés possédant un squelette externe et portant des pattes articulées.

Arachnides : Classe des Arthropodes qui regroupe les ordres des Scorpions, Pseudoscorpions, Araignées et Acariens.

Anatomie
La classe des ARACHNIDES (scorpions, araignées, faucheux, mites, tiques, pseudoscorpions, etc.) comprend la plupart des espèces de Chélicérates.

La grande majorité des Arachnides sont des animaux terrestres. Leur corps est généralement divisé en deux parties: céphalothorax et abdomen. Le céphalothorax porte six paires d’appendices: une paire de chélicères (diversement adaptés), une paire de pédipalpes (portant des pinces chez les scorpions et les pseudoscorpions), quatre paires de pattes locomotrices.

Les Arachnides n’ont jamais d’antennes; cependant, la première ou la deuxième paire de pattes locomotrices s’allongent parfois pour être utilisées comme senseurs (feelers).

Un acarien déjà expérimenté

Trombiculidae (la larve ectoparasite se nourrit sur les petits mammifères et l’Homme)

Text Book of Materia Medica by Adolph Lippe, M. D.

Thrombidium muscæ domesticæ
Stool and Anus
Griping pain in the abdomen, followed by stool; first, feces; later, they are mixed with mucus; worse after eating; stool with tenesmus and prolapsus ani, shivering in the back, perspiration. Dysentery.

Acaridiae (Astigmata)

Acaridae (acariens des denrées alimentaires ; plusieurs dans la poussière domestique)
Ciron de la farine Grain mite Acarus siro L.

Pyroglyphidae (détritivores; excréments et exuvies allergènes).

Acarien américain des poussières American house dust mite Dermatophagoides farinae.

Acarien européen des poussières European house dust mite D. pteronyssinus.

Sarcoptidae (endoparasites).

Sarcopte de la gale Human itch mite Sarcoptes scabiei var. hominis (Hering).

Sarcopte de la gale Canine mange mite Sarcoptes scabiei var. canis Gerlach

Les Acariens
Les acariens (Acari ou Acarina) sont un ordre d'arachnides de taille généralement minuscule : certains sont microscopiques, ne mesurant que quelques dizaines de micromètres, alors que les plus grands ne dépassent pas 3 cm (pour les plus grosses tiques gorgées de sang).

Le corps est particulièrement compact pour un arthropode en raison de la fusion du prosome (parfois nommé céphalothorax) et de l'opisthosome (ou abdomen) en une masse unique et de la quasi-disparition des traces de segmentation.

Il en existe près de 50 000 espèces répertoriées, mais la diversité réelle du groupe est probablement supérieure au million d'espèces. La variété de leurs modes de vie (habitats, alimentation) est sans égale chez les arachnides.

Beaucoup vivent librement dans le sol ou l'eau, mais les acariens ont aussi développé une grande diversité de relations avec d'autres êtres vivants — animaux ou végétaux — allant de la phorésie à l'endoparasitisme. Il existe en particulier un grand nombre d'espèces parasites, éventuellement pathogènes pour les plantes, les animaux ou l'homme. Parmi les plus connus, on peut citer les tiques, le sarcopte responsable de la gale, le varroa parasite des abeilles, les acariens des poussières (Dermatophagoides pteronyssinus par exemple), susceptibles de provoquer des allergies chez certaines personnes, ou encore les aoûtats.

Les espèces parasites
Les sarcoptes (Sarcoptes scabiei) creusent des galeries dans l'épiderme des Mammifères et causent la gale (y compris chez l'Homme).

Les Ixodes ou Tiques se fixent sur les Mammifères et sucent leur sang. Les Tiques peuvent être des vecteurs de virus, de bactéries (Spirochètes) et protozoaires pathogènes. Ixodes peut transmettre Brucella, l'agent de la brucellose. Ornithodoros moubata est une tique africaine transmettant à l'Homme Spirochaeta duttoni (agent de fièvre récurrente).

En Amérique du Nord, les tiques du genre Dermacentor transmettent l'agent de la fièvre pourpre des montagnes rocheuses. Trombicula autumnalis, ou aoûtats, parasite les animaux à sang chaud (y compris l'Homme) à l'état larvaire. Demodex folliculorum vit en parasite dans les glandes sébacées de l'Homme.

Le Tétranyque tisserand (Tetranychus urticae) vit sur les feuilles des plantes où ils tissent des toiles de soie, l'Acarien rouge des pomacées (Panonychus ulmi) est pathogène de la vigne et des arbres fruitiers. Eriophyes vitis provoque l'ériniose de la vigne (déformation des feuilles).

Suivi ............

                                                                                                                                       acarien

                                                                                                                                                  Y' ACARIEN  FAIRE !

Photos: Wikimedia Commons
Scabies ; public domain
Sarcoptes scabiei ; Alan R Walker

 

Catégories: Cas
Mots clés: syndrome des jambes sans repos, fibromyalgie, sous la peau, dents serrées, enfant battue
Remèdes: Sarcoptes scabiei

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PIcart
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Comment
Y'acarien faire!: cas et MM de Sarcoptes scabiei de Jean-Thierry Cambonie
Reply #1 on : Fri July 12, 2013, 14:24:20
Vous mentionnez, dans l'avant dernier paragraphe : Demodex folliculorum.
Cet acarien parasite, amenant pas mal de déboires dans certains cas, peut-il d'après vous, être éradiqué ou rendu innoffensif par traitement sur base d'arcoptes scabiei ? C'est urgent, pour une personne découragée par traitement antibiotique local externe...
Merci

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