2012 Octobre

Sans mes couleurs, pas de vie; un cas d'Ara macao

de Jean-Thierry Cambonie

Je vois cette patiente pour la première fois en mars 2010. Petite femme, 64 ans, bien campée sur la chaise, habillée avec goût, fait plus jeune que son âge.

Patiente (P) : « Je viens vous voir car je me sens anxieuse, ça vient par poussées et j’ai un grand besoin de bouger. J’ai une vitalité très forte avec des chutes où je me sens épuisée. Je suis ménopausée, traitée par Livial. Une forte propension à retenir de l’eau. J’ai souvent des inflammations aux yeux avec beaucoup d’irritations. La densitométrie osseuse montre une décalcification traitée par calcium+vitamine D. Depuis quelques mois, j’ai une recrudescence des cystites  et une irritation du colon. J’ai eu une crise de cystite avec un écoulement de sang et une douleur violente le mois dernier. Depuis mon premier enfant, je n’arrête pas d’avoir des hémorroïdes avec flatulences et constipation. »

Dr : Qu’est–ce qui vous gène le plus ?

P : « C’est une conjugaison de trois facteurs : j’ai eu beaucoup de soucis avec mes filles. Je ne vois plus la première, j’ai eu des mots cet été avec la seconde. Après cette période, j’ai fait des sinusites à répétition avec otites et des cystites récidivantes. Je passe mon temps avec le plexus bloqué. Je manque de souffle. Le mal-être est aggravé par mes problèmes digestifs. »

Dr : Et puis ?

P : « La perspective de l’échéance. Je vais avoir 65 ans, je vais bientôt arrêter mon travail, et j’ai toujours eu l’habitude de vivre à 300 cents à l’heure. J’ai toujours vécu pour mon travail, comment vais-je revivre 24 h sur 24 avec mon mari ? On s’entend bien, ce n’est pas le problème, mais ça risque d’être long. Mon angoisse pour mon travail s’ajoute à celle que j’ai pour mes enfants et il y a cette absence de visibilité pour le devenir. »

                                                                                                   speed

Dr : Qu’est-ce qui vous gène le plus ?

P : « QUID à la retraite. Il y a une brisure, pas de fenêtre : qu’est-ce qu’il y a derrière la porte ? J’ai du mal à imaginer l’après. »

Dr : Qu’est-ce que vous ressentez ?

P : « De l’angoisse : la perte de l’action avec une notion de mission. Je ne suis bien que lorsque j’ai un objectif important à atteindre. Je ressens une pression constante ; je n’arrive plus à respirer, je ressens une fatigue intense. Je ressens comme une fin, une barrière, un mur devant moi. Cela peut me le faire même en vacances, dans la propriété de famille où pourtant il y a un grand jardin. C’est comme une prison dorée, je n’ai plus d’espace, je ne peux plus respirer. Je peux même avoir des sinusites pendant ces périodes là, avec le nez bouché.

Dr : Plus d’espace ?

P : « Il  y a un blocage, comme coupée en deux sous les côtes, je n’ai plus d’horizon, d’objectif. C’est comme si c’était la fin, un achèvement inéluctable. Je ne peux plus avancer, je suis dans un espace clos, je ne vois plus comment l’ouvrir, c’est insupportable de ne pas avoir de perspective. »

Dr : Espace clos ?

P : « Enfermée, emprisonnée, plus la liberté de faire, plus la liberté de construire, de m’échapper, d’aller ailleurs. Depuis quelques temps, tous les voyages du monde ne me libèrent plus (au sommet de la hiérarchie dans une grande entreprise, elle a toujours eu l’occasion de voyager dans le monde entier). »

Dr : Sensation d’aller ailleurs ?

P : « Aller ailleurs, c’est toujours formidable. On découvre un nouveau milieu, une nouvelle vision des choses, c’est l’approche, la découverte, l’investigation qui me passionnent et m’enrichissent. Découvrir la  diversité, un peu un côté forêt vierge, c’est une grande richesse, le contraire de la platitude. Depuis très jeune, j’ai  vécu dans le monde actif comme une passion, je n’ai jamais vécu mon travail comme une contrainte. Curieusement,  je n’ai  jamais choisi mes postes ou mes missions. On me les proposait et c’était toujours globalement bien pour moi, comme des briques qui se sont correctement mises en place. »

Dr : Un côté forêt vierge ?

P : « Comme une conquête en faisant un lien avec les autres. On voit comment ça s’organise, comprendre les groupes de gens, les différents milieux. J’ai peur de la monotonie, je ne veux pas vivre quelque chose que je connais déjà, j’ai peur de la platitude et de ses dangers. »

Dr : Parlez–moi de la platitude.

P : « C’est monotone, gris et noir. Je déteste le noir, la nuit. J’ai les mêmes sensations pendant les conflits : sensation d’attaques atroces où les autres s’acharnent à mon égard, c’est comme monter sur un ring ; j’ai la sensation d’en prendre plein la gueule. Je ne suis bien que dans la couleur, la lumière et le mouvement. Mes couleurs sont le jaune, le vert et le bleu. Je ne suis bien que dans un cadre coloré, ça me rend heureuse, libre, c’est un environnement  positif. Par contre, je ne supporte pas le rouge ; c’est une couleur que je ne porte jamais, sauf quelques accessoires mais pas de vêtement rouge. Cela me va mal, ça me renvoie une tête blafarde, fatiguée. Je suis très sensible aux vibrations, aux ambiances et aux lieux. Intuitivement, je me lave les mains souvent  après avoir été en contact avec les gens, je peux même aller jusqu’à me doucher plusieurs fois par jour. Je me change systématiquement de vêtements et je me mets du parfum. »

Dr : Décrivez-moi un peu plus l’espace clos.

P : « Il est vide, triste, terne, sans couleur, sans chaleur, sans intimité, un côté un peu cellulaire. Ceci dit, j’aime bien les lieux monastiques. Un espace clos, ça me renvoie à mon anxiété, mon mal-être et mon souffle qui manque et un coup de pompe terrible comme l’épuisement dont je vous ai parlé au début. Et je ne me sens jamais aussi bien que dans les pays chauds comme en Asie où j’entends les  bruits des oiseaux et la mer. Pas les oiseaux dans une cage, mais les oiseaux en toute liberté, il fait chaud, ils sont colorés et leur présence m’apaise. C’est comme une libération, tout change en moi, je peux souffler quand ma force vitale va s’étioler. Mes plus beaux souvenirs, c’est le soir, regarder, écouter les animaux mais surtout les oiseaux. Cela me ressource, on a une sensation de liberté, la rapidité de déplacement, le mouvement.

Remarque : je suis émerveillé et étonné de voir cette femme qui s’anime et prend littéralement vie devant moi. Au moment où elle décrit « on a une sensation de liberté, la rapidité de déplacement, le mouvement, » je note un mouvement  d’ensemble curieux, son corps et ses bras se mettent en branle, poitrine en avant et bras écartés : « Ce mouvement, je l’ai quand je vis des choses très positives, si j’embrasse par exemple… »

Dr : Parlez-moi de votre force vitale.

P : « Je ne suis jamais aussi bien que dans les situations de crise. Quand j’étais jeune et qu’il fallait passer différents concours, en droit, en philo, en économie etc., j’étais en dédoublement et j’allais voir dans le livre, à la page voulue et je pouvais zoomer puis réécrire « texto » les phrases des auteurs. On me choisit dans mon travail pour régler les situations de crise : je me sens bien, je plane, je jouis. Quand tout va mal, je me sens comme dans un étau et si quelqu’un se met alors en travers, j’ai une violence, je le contre violemment pour sortir de ce merdier. Quand on a maitrisé le danger ou le problème, je ressens  alors l’équilibre, l’espace, la paix, l’harmonie. Si je ne suis pas en harmonie avec  quelqu’un dans l’équipe, je le fais gicler. J’ai besoin de me sentir en harmonie avec les autres, avec mes secrétaires ou conseillers. Je me sens alors connectée, j’ai une sensation de plénitude, en communion avec les autres, avec la nature, avec l’environnement, en empathie, comme s’il n’y avait plus de conflit, connectée. Comme si  le temps s’arrêtait, il y a une fenêtre, un arrêt sur image, c’est : « Oh temps ! Suspends ton vol ! » On a maitrisé le danger, c’est l’équilibre, l’espace, la paix, l’harmonie. »

Analyse

Malgré le temps passé, je garde un souvenir clair de cette patiente, son énergie, l’atmosphère qu’elle dégageait était vraiment bien singulière. Ce qui m’a frappé : son côté direct, tranchant, ne faisant pas dans la nuance et la dentelle, une personne d’action faite pour l’action et pour prendre des décisions. Une patiente où la vidéo nous en apprendrait bien plus que le texte. Ses relations avec les autres sont sans ambigüité : j’aime ou je déteste, tu es soit avec moi, soit contre moi. Cette relation avec les autres et dans les situations professionnelles, où elle se vit naturellement dans une problématique de « soit je perds, soit je gagne, » sa capacité à percevoir en un temps record une situation complexe de danger, m’ont conduit à penser au règne animal. J’ai naturellement  pensé à un remède d’oiseaux, puisque c’est dans cette énergie là que la patiente se ressource et retrouve son équilibre profond.

Parmi les thèmes des oiseaux, on retrouve :

- Thème du temps qui renvoie métaphoriquement au thème principal, celui  de l’espace, de la liberté et du voyage.

« La perspective de l’échéance. QUID à la retraite. Il y a une brisure, pas de fenêtre : qu’est-ce qu’il y a derrière la porte ? J’ai du mal à imaginer l’après. Je ressens comme une fin, une barrière, un mur devant moi. Je n’ai plus d’horizon, d’objectif. C’est comme si c’était la fin, un achèvement inéluctable. Je ne peux plus avancer, je suis dans un espace clos, je ne vois plus comment l’ouvrir, c’est insupportable, ne pas avoir de perspective. Enfermée, emprisonnée, plus la liberté de faire, plus la liberté de construire, de m’échapper, d’aller ailleurs. Depuis quelques temps, tous les voyages du monde ne me libèrent plus. »

- Empathie et thème de la connexion.

« Ce n'est peut-être pas le mot le plus approprié, mais il en est proche. Les oiseaux sont très reliés au niveau interpersonnel. Ils sont connectés au ressenti de chacun et à celui d'un groupe plus large ou de la famille. » (J.L. MABILON)

- La parenté « Une distinction intéressante peut être faite entre les oiseaux qui vivent en colonies importantes tels que les aras ou les pélicans et ceux qui passent leur temps avec une famille plus nucléaire, comme l'aigle ou le faucon. « Les intérêts des premiers tournent autour de leur vie relationnelle avec le groupe ou avec la société, tandis que chez les derniers prédominent les relations individuelles. Les thèmes centraux d'Ara macao et du Pélican concernent le lien : la séparation et leurs rôles dans la colonie. En contraste, chez le faucon, nous trouvons le désir d'être seul, le devoir d'entente entre les membres d'une même famille, aussi bien que la peur ou le sentiment d'abandon. » J.L. MABILON (Saccharum lactis, Les Oiseaux, 7 octobre 2006, Anjou)                                                           

J’ai été étonné de voir l’investissement de cette femme qui a vécu ses responsabilités professionnelles « comme une mission » dit-elle, aux dépens de sa vie familiale. Sa vie relationnelle avec le  groupe a pris le pas sur le reste et c’est la perspective de cette perte qui l’amène d’ailleurs à consulter.

- Caractéristiques physiques

Irritation et sécheresse chronique des yeux, ainsi qu’une mémoire photographique avec capacité de zoomer s’accompagnant d’une capacité de dédoublement dans les périodes critiques (examens).

                                                                                                                scarlet macaw2

Prescription : Ara macao 1000K : affirmation de sa vérité personnelle / coopérer en restant soi-même / importance des couleurs bleu-jaune-vert-rouge dans sa vie / oiseau grégaire.

Suivi :

Ara macao lui a permis de passer l’épreuve de la retraite plus facilement. Les signes physiques, constipation, cystites et sinusites, ses angoisses et malaises physiques se sont amendés en 15 jours. Elle a retrouvé un « équilibre que je n’avais plus ressenti depuis longtemps. »

Je n’ai pas revu cette patiente jusqu’en juillet 2012, où elle me rappelle pour une récidive de sinusite maxillaire. Durant cette période, elle a repris le remède quatre fois. Elle me raconte qu’elle a été très étonnée de la profondeur d’action du remède car elle a passé 18 mois sans problème : pas de cystite ou de sinusite, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des dizaines d’années.

Prescription : Ara macao 1000K

Suivi : le remède lui a permis de se sentir mieux dès le lendemain ; les douleurs ont cessé et l’écoulement s’est tari rapidement.

Photos:
Wikimedia Commons: High speed; Paolo Neo
Wikipedia; Ara Macaw; Robert01

 

Catégories: Cas
Mots clés: besoin d'espace, de liberté, de voyages, besoin d'harmonie, angoisse, cystite, sinusite, constipation
Remèdes: Ara macao

partager avec un ami

Envoyer un commentaire

  • Champs marqués avec un * sont obligatoires.