2010 Septembre

Phaseolus vulgaris: partout et nulle part

de Deborah Collins

B., une femme d’une cinquantaine d’années vient en consultation pour une fatigue chronique avec laquelle elle se bat depuis plusieurs années. Elle voit différents thérapeutes ainsi que des voyantes pour essayer de comprendre ses problèmes divers. Elle a aussi une bibliothèque remplie de livres pour s’aider soi-même. Il est difficile de faire la part des choses entre sa propre expérience et ses lectures car, dit-elle, elle se sent dissociée d’elle-même. Elle apporte avec elle une grosse pile de rapports de son précédent homéopathe; l’article ci-dessous est une compilation de nos deux rapports car les thèmes ainsi que le language employé, parfois exactement mot pour mot, résonnent comme un écho à travers les années.

B: «Je suis tellement fatiguée que je peux à peine me lever le matin. La nuit, je me réveille et je ne peux pas me rendormir, ce qui fait que pendant la journée je suis fatiguée. Je n’ai aucune force, aucune motivation, aucun désir sexuel, aucune joie. Je suis fatiguée de la vie, je pense que je n’ai jamais vraiment eu envie d’être ici. J’ai vécu toute ma vie, « à côté de moi-même » mais même comme ça, maintenant, ce n’est pas sans risques. J’ai un esprit très actif, je pense beaucoup à ce que je fais. Je suis très sensible, intuitive; je ressens les émotions des personnes autour de moi et je ne sais plus ce qui vient de moi et ce qui vient des autres. Je donne beaucoup de moi-même; je ne sais pas comment faire pour donner moins et garder quelque chose pour moi.

Il y a eu beaucoup d’abus et de traumatismes dans ma vie. Je crois que mon père a abusé de moi quand j’étais petite. Mes sœurs ne m’aiment pas et ne m’acceptent pas comme faisant partie de la famille. Nous avons des disputes terribles à propos de l’héritage de ma mère, même si j’ai été la seule à m’en occuper. La vie est horrible, dure, solitaire et froide. La manière dont les gens sont traités est terrible. Je hais l’injustice. Je me bats contre elle mais personne ne m’entend. Comment le monde peut-il être aussi dur avec moi, alors que j’ai tant fait pour lui ? Je me sens impuissante dans ma vie. J’ai écrit une thèse sur «la honte»; j’ai l’impression d’avoir été rejetée de la vie par la honte. Je suis un échec complet. Je veux être forte, sûre de moi-même, réussir et être heureuse mais je ne peux que faire semblant et espérer que personne ne soulèvera le masque. Je suis critique et pleine de jugement et je déteste être comme ça. Ma vie est difficile et un combat constant.

Mon esprit est fatigué, il ne fonctionne pas. Je suis confuse, comme si tout tournait au ralenti. Je suis éparpillée, dissociée, sans contrôle, chaotique, comme si je perdais la tête. J’ai peur de finir chez les fous. Je suis désordonnée, détachée, démotivée, partie dans tous les sens. De trop penser, j’en suis arrivée à ne plus pouvoir penser du tout. Mon esprit se bloque, je deviens complètement muette lorsque je dois parler devant un auditoire. Lorsque je suis stressée, je me sens complètement détachée de mon entourage, comme si je quittais mon corps. Si je donne des instructions, elles sont incompréhensibles. Dès qu’il s’agit d’organisation, je m’embrouille; je panique et je prends des décisions stupides. Je ne sais pas comment organiser mes finances ou comment suivre une recette; je n’arrive pas à estimer le temps de cuisson d’un plat ou comment faire pour avoir les différents plats prêts en même temps. Tout travail est stressant pour moi parce que je ne sais jamais si je vais me bloquer. Je ne peux pas être dans le monde si mon esprit ne fonctionne pas.

Je suis dans une situation financière difficile. Je continue de m’enfoncer et je n’arrive pas m’en sortir. J’ai trois maisons mais j’ai toujours l’impression que je n’ai pas d’argent. Je dors par terre chez différents amis, ce qui me permet de louer mes maisons. J’ai perdu beaucoup d’argent dans de mauvais investissements, comme faire des rénovations dans des maisons qui auraient dû être démolies. Je devrais les vendre, probablement, alors j’aurais de l’argent à la banque, mais on ne sait jamais avec les banques, le marché financier pourrait s’effondrer. Mes maisons sont proches de la mer, elles pourraient être emportées par un tsunami et alors je n’aurais plus rien. Il n’y a vraiment aucune certitude, tout pourrait s’écrouler en 2012. Je travaille seulement à mi-temps (comme conseillère psychologique scolaire) mais je n’y arrive qu’à grand peine; je suis tout le temps en congé maladie. Je n’achète que des habits d’occasion, même si j’ai de l’argent. Je mets n’importe quel vieux vêtement sans m’inquiéter de mon apparence. 

La plupart du temps, je vis sous l’emprise de la terreur; des vagues de panique me submergent. Des bruits soudains me font sursauter, je bondis de frayeur. Je crois que j’ai dû être enterrée vivante ou être morte dans une chambre à gaz dans une autre vie. Je déteste me sentir ligotée; l’idée que l’on emmaillotait les bébés pour qu’ils ne remuent pas, m’est insupportable. Je me sens encore attachée à mon ex-mari, même si nous avons divorcés il y a plusieurs années.

Je me demande si je suis en train de développer une sclérose en plaques comme mes deux sœurs. J’ai des fourmillements dans les mains, un manque de sensation et une faiblesse dans le bras gauche, et parfois je marmonne au lieu de parler clairement.

Ma digestion est terrible. Je n’assimile pas les aliments et parfois je les régurgite à moitié digérés. Mon ventre gonfle si je mange du sucre, de la levure ou du gluten, ce qui fait que je ne mange ni pain ni desserts. On m’a dit que j’avais des infections sévères au candida. Parfois, je pense que je suis anorexique; je ne peux même pas mettre de nourriture dans ma bouche. La plupart du temps, mon palais me démange et mes sinus sont bouchés. J’ai dépensé énormément d’argent chez le dentiste et malgré tout, mes dents continuent de se détériorer. Je grince des dents en dormant. J’ai eu une douleur dans mon chakra du cœur et mes poumons me donnent l’impression d’avoir peut être un cancer pulmonaire.»

Au fil des années, plusieurs remèdes apparaissant appropriés furent prescrits avec peu ou pas de résultats. Ce n’est qu’en reconsidérant ce cas depuis le début que le thème des Leguminosae devint évident, bien qu’il ait été présent tout au long de nos consultations : le sentiment de manque à tous les niveaux. Il n’y a pas de joie et aucune capacité à utiliser ses ressources, que ce soit nourriture ou argent. Le monde apparaît dur et implacable, et B. se sent impuissante face à lui. Elle se sépare alors du monde et s’enfonce dans la confusion et l’impuissance. Le mot «séparée», ou ses synonymes, qu’elle répète souvent, me fait penser aux haricots ou aux pois dont la forme se compose de deux moitiés. Elle exprime cette « séparation » de différentes manières; séparée d’elle-même et séparée du monde qu’elle trouve trop dur. La sensation opposée de se sentir « ligotée » est elle aussi évidente; son aversion profonde de tout attachement et son besoin de se recentrer.

Rajan Sankaran et Jan Scholten décrivent les Leguminosae dans des termes similaires: un déchirement entre le désir de bonheur et de légèreté d’un côté, et l’incapacité à les réaliser de l’autre. Son cas me rappelait celui de Jan Scholten, « en colère et fatigué » et je décidais de prescrire Phaseolus 200C.

Six semaines plus tard, le changement qui s’est opéré en elle est spectaculaire: «ça a vraiment bougé. Après le remède, je me suis sentie plus fatiguée que d’habitude et j’ai eu beaucoup de diarrhée. Après, tout s’est mis à aller mieux; mon esprit fonctionne mieux, j’ai suivi un cours pendant un mois, j’étais inquiète de ne pas pouvoir le finir mais j’ai eu assez d’énergie et j’ai fini première de ma classe! Mon esprit va beaucoup mieux, il s’est recentré et je le sens plus solide. Le côté gauche de mon cerveau, le côté rationnel, ne communiquait pas avec le côté droit et je passais mon temps à essayer de les rattacher; maintenant tout marche bien. Ma mémoire s’améliore et je peux cuisiner sans panique. Ma coordination s’améliore et j’ai remarqué que maintenant, lorsque je passe l’aspirateur, je ne me cogne plus dans les meubles autour; je suis plus présente et plus efficace. Mon oreille gauche a commencé à se déboucher mais le côté gauche de ma tête est encore sensible. Mon énergie s’est tellement améliorée que j’ai commencé à faire de l’aviron!» Je lui pose alors une question à propos de son alimentation, en particulier les légumes: «J’adore, avant je ne pouvais pas les avaler mais maintenant je peux, et sans problèmes.»

Les mois suivants, son état continue de s’améliorer: «Mon esprit fonctionne mieux, mon cerveau aussi. Le côté gauche était comme mort avant, je devais le forcer à fonctionner, le rattacher à l’autre côté. Maintenant, je pense « clairement ». Je ne suis plus aussi confuse et je suis plus concentrée dans mes conversations.» Et physiquement? «J’ai encore de temps en temps des fourmillements dans la main mais pas aussi souvent qu’avant. Mes selles sont régulières et je peux manger des aliments que je ne pouvais pas manger avant, comme du pain par exemple. Mes sinus se débouchent et mes gencives ne sont plus aussi sensibles.»

Au fil des consultations, elle raconte: «J’avais l’habitude de me comparer à des gens importants et cela me faisait sentir inférieure. Maintenant, je regarde les gens dont j’avais peur avant et je me rends compte qu’ils ne sont pas aussi forts après tout. Je ne vis pas autant dans le passé. Je « rumine » moins et je dors mieux. Je suis en train de me débarrasser de mes vieux habits et j’en achète de nouveaux.» Son énergie continue de s’améliorer, tout comme sa concentration. La peur d’avoir une sclérose en plaques a disparu, depuis que les fourmillements ont diminué et que son sentiment d’impuissance n’est plus là. «Je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui sans ce remède. J’étais dans un tel état. Maintenant, je prends ma vie en charge.»          

Catégories: Cas
Mots clés: fatigue chronique, pauvreté, manque de joie, dissociation, problèmes de concentration
Remèdes: Phaseolus vulgaris

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