2011 Juillet/Août

L'homéopathie en pratique quotidienne d'un pédiatre

de Didier Grandgeorge

Lorsque j’ai vissé ma plaque en juillet 1980 à FREJUS, ville populaire aux côtés de SAINT RAPHAËL plus bourgeoise, et de sur quoi rue du docteur DONNADIEU, un tas de raisons psychologiques, philosophiques voir même mystiques m’ont poussées à choisir et à rester en secteur 1, celui où les patients étaient complètement remboursés. En conséquence, pour arriver à gagner correctement ma vie, il me fallait développer un style d’homéopathie rapide et néanmoins efficace.        

                                                              Frejus

J’avais l’exemple du Dr. Mohamed QUASIM de NEW DELHI qui travaillait dans un quartier populaire et voyait jusqu’à 60 patients par jour. Les gens défilaient un par un devant lui et exposaient leurs souffrances. Il ouvrait le répertoire de KENT pour vérifier une rubrique ou deux, posait quelques questions et ordonnait un remède qu’un infirmier préparait aussitôt  et donnait au malade. Cela à fait écho en moi avec mes débuts à l’hôpital de MIMONGO au GABON, où les gens m’appelaient N’GANGA MISSOKO – celui qui soigne tout le monde – et à  mes débuts en homéopathie à l’hôpital de GRENOBLE, où je soignait gratuitement les infirmières et leurs bébés quand elles ne pouvaient pas consulter mon maître ROBERT BOURGARIT (celui ci exerçait en secteur trois et prenait des honoraires équivalents à trois CS, voyant environ 15 à 17 enfants par jour).

Le coté positif du secteur 1 est que finalement on voit beaucoup de monde et les remèdes rares sortent plus fréquemment ; on peut plus facilement en saisir l’essence. Par exemple, j’ai compris URTICA URENS et la problématique de la mort du père parce qu’une paysanne me racontait qu’elle avait guérie l’urticaire de son petit fils qui venait de perdre brutalement son père en lui servant une soupe à l’ortie : VOX POPULI VOX DEI. Voici donc mes recettes pour travailler vite et bien.

Premier temps de la consultation : l’interrogatoire 

Là, il faut prendre garde à ne pas s’enliser dans un roman fleuve : se rappeler que les gens qui parlent pendant des heures viennent souvent pour des problèmes psychologiques et qu’HAHNEMANN nous dit que dans ces cas là, il faut s’intéresser d’abord aux symptômes physiques qui ont précédés les symptômes mentaux ou en sont concomitants. Il nous dit qu’il faut noter les premières paroles prononcées au début de l’entretien. Souvent, en fait, quand on connait l’esprit du remède homéopathique, on se rend compte qu’elles crient souvent un remède d’emblée. Dans ces cas là la messe est dite, je passe à l’examen clinique et le confirme par quelques questions…

Certaines personnes ne dévoilent rien à l’interrogatoire : les gens les plus secrets sont les IGNATIA qui soupirent sans arrêt, les NATRUM MURIATICUM qui ne supportent pas le soleil ce qui est remarquable sur la côte d’azur, les CYCLAMEN qui font de l’humour noir, enfin et surtout, les CARCINOSINUM qui nous montrent des taches café au lait, des conjonctives bleutées et dont la langue se déliera après avoir reniflé un flacon de CARCINOSINUM 10000K : « nous avons les moyens de vous faire parler! » Certains interrogatoires ne ramènent que des choses banales, où rien ne permet d’envisager un remède quelconque : dans ces cas là, passer vite à l’examen clinique ; quand la bouche ne parle pas, le corps s’exprime. Par exemple, c’est une fillette de sept ans qui vient pour des infections ORL répétées et quelques cystites. Interrogatoire sans particularité. A l’examen clinique, elle se met entièrement nue et l’examen de la bouche met en évidence un liserai noir à la racine des dents ce qui évoque le remède STAPHYSAGRIA ….L’interrogatoire, pour une première consultation, doit impérativement renseigner sur les antécédents de la grossesse et sur les antécédents familiaux : par exemple, c’est un nourrisson de 7 mois rempli d’eczéma sur tout le corps, deux homéopathes ont été consultés sans résultat. Il est très intéressant de noter les remèdes qui ont été donnés : le premier a donné GRAPHITES  et le second SULFUR qui a plutôt aggravé l’enfant. Je pose la question suivante : « qui a de l’eczéma dans cette famille? » Réponse : « la grand-mère maternelle ». « Quel a été le drame de sa vie? » Réponse : « elle a perdu son fils ainé, elle ne s’en est jamais remise, elle en parle tout le temps! » HURA BRASILIENSIS, le remède de la mort du fils, s’impose : deux doses, 15ch et 15 jours plus tard 30ch. Revu 1 mois après, l’enfant a de nouveau une peau de bébé. Il y aura une petite rechute 1 an plus tard soignée par 1 dose de PSORINUM 30CH. Un autre cas du même remède : un enfant nourrisson se présente à sa sortie d’hôpital, où il était depuis deux jours pour une bronchiolite. Il présente un vilain eczéma sur le visage. « C’est une réaction au sparadrap qui tenait la lunette à oxygène! »  me dit la mère. « Personne n’a perdu un enfant dans votre famille? » « Avant cette naissance, j’ai fait une fausse couche tardive, au cinquième mois de grossesse. » Ils repartent avec 1 dose d’HURA BRASILIENSIS 15CH.Pendant l’interrogatoire, tel un tigre dans la savane, je suis tapi en attendant qu’un symptôme typique, correspondant à peu de remèdes sorte. Par exemple : « mon enfant baille en dormant. » Un seul remède, CASTOREUM qui sera le bon! L’enfant venait pour des troubles du caractère et un lichen atrophique du prépuce opéré plusieurs fois et récidivant. CASTOREUM est un grand remède œdipien qui rêve qu’il tue le père.

Deuxième temps de la consultation : l’examen clinique

Il faut à tout prix prendre le temps d’examiner les enfants des pieds à la tête : comme on l’a vu plus haut, le corps parle parfois mieux que la bouche et quand on connait les petites rubriques du KENT, cela devient un jeu d’enfant.

Quelques exemples au niveau des pieds :

Ongles incarnés des gros orteils (ingrowing, toe nails: K 1019)

Un pied froid l’autre chaud (K 964: Chel.,dig.,ip.,LYC., puls.)

Pieds avec une transpiration profuse et nauséabonde: (K 1183)

Verrues plantaires : Anac., Ant-c., Aur.-sulf., Caust., Nat-m., Nat.-phos., Sep., Sil., Thuy., Sulf.

Sur le reste du corps :

Enfant chatouilleux+++ :  Ant-c., Caust., Calc-phos. ; Graph. ;  Kali-carb., Lach., Nat-m., Nit-ac., Phos., Sep., Sil.,  Sulf.

Hernie ombilicale : AUR., Calc., Lach., Lyc., Nux-m., NUX-V., OP., Pb.

Thorax en entonnoir : CALC-F., Lues.

Cicatrice d’opération de sténose du pylore : Ornithogallum Umbellatum

Varicosités des pommettes; Veins distended, net as if marbled (K 396) : Calc., Carb-v., Crot-h., LACH., Lyc., thuj.

Pelade (trichotillomanie) ; Pull, desires to pull one’s hair (K 70) : Ars., Bell., lach., Lil-t., tarent.

On tombe sur des rubriques qui contiennent peu de remèdes et cela devient facile de choisir le bon. Ceci étant, il ne faut pas perdre de vue le diagnostic clinique non plus, donc c’est un exercice difficile et artistique….

childQuelques observations avec l’ambiance de la consultation

14h30 : j’arrive à l’heure au cabinet médical mais le nouveau patient prévu n’est pas là : j’en profite pour régler des documents administratifs.
15h : arrive le rendez vous de 15h et celui de 14h30. 

Patient : « Docteur nous nous sommes perdus! »
DG : « Pourquoi venez-vous? »
P : « Notre fils de 6 ans souffre de sinusites. »
DG : « Qu’il entre et se déshabille, je vais l’examiner! »

Je connais un confrère parisien qui m’a dit que dans ce cas il renvoyait ces patients en leur comptant une consultation et en leur donnant un nouveau rendez vous. Pour ma part, je vais tenir compte du fait qu’il n’y a plus de temps pour cette consultation mais j’en sais assez pour prescrire des doses de MEZEREUM en échelle, au père et au fils : ils se perdent, n’ont pas de bons repères, et l’enfant souffre de sinusites maxillaires – organe du repérage dans l’espace!

Dix minutes après, je peux prendre le patient suivant. Je leur dit d’entrer dans mon bureau pendant que la secrétaire me présente quelques cas téléphoniques. Lorsque je rejoins le bureau, l’enfant est à poil sous la toise et la mère commence à remplir le chèque d’honoraire! Il souffre de conjonctivites répétées. Je demande à la maman ce qu’elle pense du temps :
P : « Docteur je suis minutée, par exemple en sortant d’ici, il faut que je le mène au judo puis que je récupère da sœur à la danse - c’est de l’autre côté de la ville et ainsi de suite toute la journée. » Ils ressortent tous deux avec une ordonnance d’ARGENTUM NITRICUM.

Puis c’est une fillette de dix ans qui arrive dans un état d’essoufflement inquiétant : elle peut à peine parler. 
DG : « Qu’est ce que tu ressens? » 
P : « ça serre! » Quelques granules de CACTUS 7 CH la soulagent rapidement. Du coup, je la laisse partir avec des doses de CACTUS de 9 à 30 CH, une dose tous les dix jours, et on se revoit dans 3 mois (c’est une petite timide qui ne supporte pas qu’on la regarde faire les choses).

La patiente suivante est une jeune fille de seize ans qui a refusé de venir : la mère est venue seule.
P : « Elle dit que vous êtes con, moi-même je suis conne, elle est entourée de cons! Pourtant, elle avait grand besoin de venir car elle est couverte d’eczéma…» 
DG : « Je vais vous faire une ordonnance et on se revoit dans un mois. »
Elle repart avec deux doses de MELILOTUS 15 ET 30CH qui feront merveille sur le caractère et un mois plus tard elle reviendra aimable à la consultation me montrer sa peau guérie. On avait récemment étudié ce remède à l’école hahnemannienne et il en était ressorti que, comme le lotus, fleur parfaite au milieu d’un marais fangeux, le sujet MELILOTUS se vit comme la perfection incarnée dans un monde pourri.

Ensuite, c’est un garçon de 13 ans qui vient pour un asthme chronique. Il a déjà vu plusieurs confrères compétents sans résultat donc je me dis qu’il faut voir avec les petits remèdes de derrière les fagots! L’interrogatoire ne donne pas grand-chose d’original. Je passe à l’examen : il y a une petite cicatrice au niveau du pylore ; « Il a été opéré à trois semaines de  vie d’une sténose du pylore, docteur. On a bien failli le perdre car il vomissait tout. » Il va sortir avec le petit remède centré sur le pylore : ORNITHOGALUM UMBELLATUM qui le débarrassera définitivement de son asthme. Quand quelqu’un a failli mourir un jour, il faut s’intéresser à l’affection qu’il a eu car on trouve ainsi à coup sûr le remède de fond.

Nous voila maintenant devant deux fillettes en larmes : leur chat va mourir, le vétérinaire ne leur a laissé aucun espoir devant un cancer généralisé. Je leur prescris chacune des doses d’IGNATIA et comme il me reste un peut de temps, je les fait parler du chat qu’elles ont toujours connu et qui est âgé de treize ans. » Il était adorable, très câlin , et tous les matins au petit déjeuner, il miaulait pour réclamer son petit bout de beurre! » Du coup, je prescris dans la foulée des doses de PULSATILLA pour le chat qui sera toujours en vie 5 ans plus tard!

Le suivant est un garçon de six ans qui vient pour asthme. La mère me tend le carnet de santé qui me parait tout mou ; du coup, je le renifle et il sent le moisi! « Où était il rangé? » « Dans sa chambre! » me répond la mère. Les crises commencent vers cinq heures du matin. C’est typique du remède NATRUM SULFURICUM et pendant que je rédige l’ordonnance, j’explique au père la nécessité de faire installer une VMC dans leur maison et de vérifier le vide sanitaire pour voir s’il n’est pas rempli d’eau….

Vendredi soir, dernière patiente, 20 h passée. Elle me serre la main mais ne la lâche plus! « Ah! Docteur, je suis contente de voir que vous avez encore un peu d’énergie en fin de soirée. » Moi, par contre je me sent tout à coup vidé. C’est une mère ABROTANUM qui vient me vampiriser. Son bébé souffre de saignement ombilical et crie sans arrêt ; le cri qui tue! Je les renvois vite avec des doses d’ABROTANUM à prendre par la maman qui allaite.

En guise de conclusion :

childrenTrente ans se sont passés à ce rythme et je ne me suis pas ennuyé une minute, vivant en permanence dans la richesse de ces tranches de vie agréablement colorées du monde de l’enfance. Je reconnais mon côté cowboy sortant le remède plus vite que mon ombre mais en définitive, il faut être cool et ne pas sacraliser trop la prescription comme certains qui choisissent un remède sur la pointe des pieds après quatre heures de consultation.

Certes, il y a eu des échecs mais c’était alors l’occasion de se rallier à l’allopathie qui a aussi ses lettres de noblesse ; en connaissant ces deux facettes de la médecine l’éventail thérapeutique devient vraiment large et peu de cas restent sans solutions. Même pour moi d’ailleurs car je suis mon premier patient ; l’homéopathie m’a épargné pas mal de galères et m’a donné la pêche! Un seul jour, j’ai du faire renvoyer les patients à la suite d’une gastroentérite sévère.

Du coup, l’âge de la retraite arrivant, il ne me viens pas à l’idée d’arrêter ce passe temps utile, agréable et lucratif en attendant la relève qui n’est pas encore au rendez vous.

Références :

GRANDGEORGE D. L’esprit du remède homéopathique, EDICOMM  Ed., Juan-les-pins, nouvelle édition revue est augmentée  2003 – traduit en anglais : The spirit of homéopathic médicine, North Atlantic Books , Berkeley,  California 1998

HAHNEMANN Ch.S. Organon de l’art de guérir, traduit par Pierre SCHMIDT ; Librairie JEHEBERT, GENEVE 1975

KENT J.T. Repertory of the homeopathic materia medica, SETT DEY Ed. CALCUTTA, 1974

Photos: Wikimedia Commons
Baie de Fréjus-St Raphaël; Technob105
A toddler girl crying; crimfants
Three girls with faces painted as animals; InPhonic

 

 

 

 

Catégories: Général
Mots clés: pratique, quotidienne, pédiatrie
Remèdes:

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FAUCON
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Comment
vaccin
Reply #1 on : Sun July 20, 2014, 09:14:36
J'aimerais savoir que penser des vaccins et dois t on vacciner nos enfants ? Merci

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