2011 Décembre

Holmium carbonicum : la nostalgie de l'amour

de Ramon Frendo

Première consultation

A. 56 ans, mariée, 2 enfants, consulte à la suite d’un cancer du sein gauche, en juillet 2008. Elle est infirmière, étudie la psychanalyse et est en cours de psychanalyse.

Elle a eu comme traitement :
1. chimiothérapie
2. exérèse tumeur et chaîne ganglionnaire
3. radiothérapie
4. traitement actuel : Arimidex

Elle a découvert la tumeur elle-même ; à la suite d’une douleur elle effectue une palpation et trouve la tumeur. Elle prend rendez-vous chez la gynécologue. Après la chimiothérapie, la tumeur est passée de 5 cm à 0,7 cm. Puis, elle a une tumorectomie avec exérèse de 6 ganglions.

A : « Je ne peux pas dire que j’ai été traumatisée. Pas de mauvais souvenir, c’était une épreuve qui me permettait de remettre ma vie en question. Pour le traitement, je ne me suis pas posée de question. J’ai été passive, j’ai suivi leur traitement. Je me suis mise entre leurs mains. »

Antécédents :

-          MNI (mononucléose infectieuse) avec complications hépatiques à 28 ans.

-          Polyarthrite pendant l’allaitement de son fils aîné. Famille de rhumatisants.

-          Tendance aux migraines, améliorées temporairement par ostéopathie. Dort la tête en arrière.

-          Hypothyroïdie avant la ménopause.

Antécédents familiaux :

-          Père 1915, décédé en 1958, tué par les rebelles du FLN en Algérie. Elle est elle-même est née en Algérie.

-          Mère : 1919, a longtemps été en bonne santé, sauf problème d’eczéma et à 91 ans, peut-être une démence sénile, « elle raconte n’importe quoi. »

Ramon Frendo : Pouvez-vous décrire vos migraines ?

A : « Très fortes mais j’arrive à les circonscrire. Je suis nauséeuse quand elles s’installent, j’ai des vomissements, des diarrhées et je dors d’un sommeil très lourd. Je les sens venir. C’est un sentiment de sommeil très lourd. Je sens mes paupières très lourdes. Un déficit d’attention. Je n’arrive pas à être présente aux choses. Le sommeil domine. Ce sommeil était tellement lourd que je pourrais passer 24 heures au lit. »

RF : Continuez. Parlez moi de votre vie, de tout ce qui vous fait souffrir, en partant de l’enfance jusqu’à ce jour.

A : « Lorsque mon père est mort, j’avais 5 ans et demi ce jour-là. La veille ma mère avait très peur. J’ai vu deux hommes en noir venir vers ma mère, je l’ai vue éclater en sanglots et on m’a dit d’aller jouer. Tout le monde voulait que je sois joyeuse. J’étais dans le déni. Moi, j’ai un tempérament un peu mélancolique. C’est pour toutes ces raisons que j’ai entrepris une psychanalyse. »

RF : Finalement, quelle est votre souffrance principale ?

melancholiaA : « Jusqu’au cancer, ce fond de mélancolie, pas envie de vivre. Depuis le cancer, j’ai retrouvé un ami qui fait de la méditation. Je m’y suis mise moi aussi, comme un acte de foi dans ma vie. Ça me soutient énormément. Je suis catholique mais j’ai décroché avec la religion. J’ai essayé de m’approcher du bouddhisme, mais je ne parvenais pas à m’orienter dans le bouddhisme. Puis j’ai retrouvé cet ancien ami qui est moine bénédictin, et je trouve chez lui une inspiration qui m’attire. »

RF : Votre souffrance actuelle, c’est quoi ?

A : « Cet amour de la vie qui me manque, car même si la méditation fait du bien….. »

RF : Aimer la vie, ce serait quoi ?

A : « Être heureuse, être vivante. »

RF : Ne pas aimer ?

A : « Vouloir la mort, avoir peu ou pas de désir. Et parfois, je suis attirée par un nirvana où plus rien ne se passe. »

RF : Vos passe-temps favoris ?

A : « La montagne. J’ai soif de bonheur, d’amour, de plaisir même avec une aspiration spirituelle, j’ai besoin d’aller vers l’amour. Dans mes rêves, je ressens ce combat entre l’amour, la vie et la mort. Je rêve (1) souvent que je roule, je me plante dans un platane. Je meurs et je me réveille en hurlant. »

RF : Votre ressenti ?

A : « Pas désagréable. J’ai aussi fait les rêves suivants :

Rêve 2 : je devais prendre une fusée avec mon père. On est parti sur une planète blanche. Si on reste dans la soucoupe, on va mourir. Donc on ouvre et je me retrouve sur le bateau qui nous amène en Corse, où plein de monde dansait.

Rêve 3 : une autre fois, dans une soucoupe volante, je survole les montagnes d’Afghanistan. Il y avait la guerre.

Rêve 4 : d’avoir un amour d’une infinie tendresse pour le père de mon mari. Il est décédé mais a été un bon père pour mon mari et nous nous aimions beaucoup. »

RF : Parlez-moi de votre travail (infirmière).

A : « J’ai quelques problèmes à cause du membre supérieur gauche souvent enflé. Je me suis souvent sentie limitée dans mes activités à cause des douleurs. Et maintenant, depuis le cancer, quand j’évoque la reprise du travail, je m’effondre…. (pleure) Je n’ai pas envie. Je ne me sens pas capable et j’ai peur de ne pas y arriver. Mais c’est cyclique, par moment c’est mieux, par moment moins bien. Je n’ai plus envie de travailler comme infirmière.

Rêve 5 (ancien rêve) : il y avait du monde, en montagne, j’installe les enfants dans une grotte pour qu’ils dorment, puis je les fais sortir et la grotte s’effondre. Heureusement les enfants sont sortis mais des gens sont dans la grotte. Nous prenons un chemin très beau. »

RF : La grotte qui s’effondre ? Les gens ?

A : « Tout était englouti dans la terre, on ne pouvait plus rien faire. »

RF : Dites-m’en plus sur cela.

A : « On marchait sur un terrain avec des paysages magnifiques. »

Après avoir insisté 2 ou 3 fois, cela ressemble un peu à son histoire : son père est mort, tué pendant la guerre d’Algérie, on lui demande de continuer le chemin, de jouer, d’être joyeuse. Et, en plus, elle a fait sortir les enfants, comme si elle était l’enfant qu’on ne doit pas engloutir.

RF : La terre, la grotte, les gens, tout est englouti ?? Parlez encore de cela.

A : « La terre engloutie, c’est l’inéluctable, il n’y a rien à faire. »

RF : Parlez-moi de vos expériences de l’inéluctable.

A : « L’enfance, l’Algérie, tout ce qui s’est passé, qui a balayé nos vies, qui a tué mon père. Etre obligé de partir. Avec tout cela, j’ai des souffrances bizarres. »

RF : Parlez-moi de vos souffrances bizarres.

A : « Je m’en accommode. Une douleur du dos que j’ai depuis toujours. Cyphose et lordose sur scoliose. (Elle fait un mouvement du corps, une épaule qui se met en avant). »

RF : Parlez de ce geste, de ce mouvement que vous faites.

A : « Ce mouvement, c’est que ça se bloque. J’ai le côté droit douloureux et enflammé, le côté gauche inerte. »

RF : Douloureux à droite ? Décrivez cela un peu plus.

A : « Comme une inflammation, tout le long du dos à droite. Une douleur du rein droit, une sensation que le rein droit est enflé et que l’épaule droite est douloureuse. Je dois prendre souvent du Profenid. Le côté droit est plus chaud. »

RF : Le côté gauche, décrivez-le.

A : « Côté gauche, je ne sens pas les choses. Il est inerte. »

RF : Décrivez cette inertie.

A : « Il est inerte, mort, un peu passif. »

Nous avons donc un côté droit enflammé, chaud, avec douleur et un côté gauche mort, inerte, passif.

RF : Ce côté mort, dites-m’en un peu plus.

A : « C’est comme mort, qui ne revient pas (à ce moment elle refait le même mouvement que précédemment). Comme si le côté droit est toujours en avant et l’autre en retrait. »

Je revois mieux le mouvement, comme si l’on repasse le film. C’est un mouvement de l’épaule droite et du côté droit vers l’avant. Et l’épaule gauche et le côté gauche vers l’arrière, légèrement mais peu de mouvement.

RF : Ce retrait à gauche, c’est quoi ?

A : « Pas d’initiative, pas d’autonomie. »  

Ce qui, dans le tableau périodique, évoque l’étape 13.

Nous avons donc un côté droit : enflé, douloureux, rouge, chaud, qui va en avant ; un côté gauche : inerte, passif, mort, qui ne ressent rien, en retrait.

RF : Parlez-moi encore de votre enfance.

A : « Mon père est décédé en Algérie. En quittant l’Algérie, c’est tout un monde qui a disparu. J’ai vécu mon enfance à Constantine, chez ma grand-mère. J’ai eu une grande souffrance. Ma mère m’avait envoyée chez elle après qu’un ouvrier de mon père ait, lui aussi, été tué de manière atroce. Cela avait provoqué la décision d’envoyer les enfants chez la grand-mère. J’ai eu comme deux ruptures : l’une après la mort de mon père, et une deuxième où on me retire pour me mettre chez ma grand-mère. C’est comme si j’étais morte. Je vais en avant et puis mon état mélancolique fait que souvent je me désarme. »

Écoutons bien les mots, regardons bien les gestes : Elle va de l’avant puis, à cause de la mélancolie, elle se désarme. Ce qui veut dire que aller de l’avant, c’est avec les armes, donc pour maintenir le combat. Cela, c’est après la mort de son père et après la mort de l’ouvrier de son père, le retrait, le désarmement avec l’état mélancolique.

Les deux causes sont : la mort du père, qui est estimé, aimé, retrouvé dans les rêves, dans une fusée, mais risque de mourir, encore la fusée, puis se retrouve sur le bateau corse, tout le monde danse. Amour infini pour le père de son mari.

Le cœur du problème, c’est aller de l’avant, aller au combat = maintenir le combat, être libre de le maintenir, mais, au fond, elle n’est pas sûre d'elle-même et maintenir ce combat n’est qu’une apparence car il y a la mort. Alors, une autre partie d’elle, la gauche, se retire, comme morte, inactive, passive, inerte. C’est en se retirant qu’elle peut retrouver la joie, la vie, la liberté.

RF : Continuez.

A : « La nostalgie est très forte chez moi. Quand on a découvert le cancer, ça a bouleversé toute ma vie. La mort de mon père avait du faire cela, mais c’est si loin… Aux yeux des gens, j’ai un côté battant et une partie de moi ne l’est pas. J’ai fait ce que je pouvais pour amener mes enfants à l’âge adulte. »

Prescription : Holmium carbonicum 1 000 K

Suivi

Trois mois plus tard :

A : « Encore des nausées et la tête lourde, mais j’ai mieux dormi. Mais sinon, ça va. Mieux au niveau général. J’ai toujours tendance à me voir avec trop de compassion. Ça m’agace dans le dialogue avec moi-même. Les larmes peuvent monter. Hier, en séance de psychanalyse, c’est monté, je me laisse envahir par ça. J’ai l’impression que toute ma vie je serai plutôt une éponge à prendre tout ce qui vient de l’extérieur. Il faut que j’accepte d’être comme ça.

Mais je peux dire que depuis ce remède, j’ai retrouvé l’état antérieur, avant d’être malade. Peut-être est-ce pour cela que je me dis qu’il faut que j’accepte, que je m’accepte comme je suis. Faire avec…. Et, finalement, c’est mieux qu’avant d’être malade, je vois des choses que je ne voyais pas (s’accepter).

J’ai rêvé que j’étais avec une amie d’enfance. Il y avait des malfaiteurs qui nous poursuivaient. C’était des hommes type mafia qui peuvent aller jusqu’à tuer. Nous, on avait de l’argent. On arrive dans une maison inhabitée. Ils nous rattrapent. Ils essaient de nous faire parler. Je me réveille. »

RF : Votre ressenti ?

A : « C’était des gens malsains, la méchanceté, ils ont un boulot à faire, prendre l’argent, je leur aurai donné mais je me réveille. Je revois beaucoup ma mère avec qui j’ai eu beaucoup de difficultés, mais je me sens cependant plus proche d’elle. Je la revois quand, à la mort de mon père, deux personnes sont venues lui annoncer sa mort…. Ma mère a éclaté en sanglot. »

Prescription : Holmium carbonicum 1000 K

Trois mois plus tard :

« Bien dans l’ensemble. Beaucoup mieux. Je ressens l’énergie. Une bonne manière en moi de prendre les choses. J’ai senti que ça allait bien. Les nausées et la tête lourde ont duré encore quelques jours, quand j’ai repris le remède, puis ça s’est estompé, complètement. Je sens disparaître cette désillusion qui m’engloutissait. Vraiment plus d’énergie, dans les randonnées, je fais le plein de bonnes choses, de joie, de plaisir. On a eu un flot de mauvaises nouvelles dans la famille et j’ai pu les supporter malgré la peine. J’éprouve beaucoup de colère face aux puissants du monde et je me dis ‘je prends de la distance’, l’important se situe ailleurs. Je sens que j’ai à faire confiance à ce qui arrive. »

RF : Votre souffrance principale ?

A : « Mes limites, au niveau de l’amour, de ce que je peux donner. Quelques fois des colères mais ça a beaucoup diminué. Je réagis à ce qui me déplaît alors que j’avais tendance à me réduire et à subir (cela confirme le remède). Grand plaisir dans la marche. J’avance dans la méditation, l’étude de la parole avec le moine. Réunions de groupe. Mais j’ai conscience que je dois progresser, que je dois accorder du temps, me laisser entraîner dans le mouvement de la vie du Christ. »

RF : Qu’est-ce que cela signifie ?

A : « C’est un acte de foi dans ma vie. Je continuerai ma vie pour cela. Même si je suis empêchée, finalement par moi-même, par des préoccupations dans ma tête. Je me fais piéger par mon mari, mes enfants, mais c’est en fait par moi-même. Mais j’ai aussi des rencontres très belles avec eux. Peut-être ma transformation passe aussi par eux. Heureux les pauvres en esprit. Et la méditation m’aide à l’humilité. »

Prescription : Holmium carbonicum  1 000 K

Conclusion

Amélioration de tous les symptômes : nausées, céphalées, lourdeurs (carbone)

Amélioration de la tendance à se réduire, à ne rien dire (Holmium)

Amélioration mouvement, marche : promenade

Amélioration esprit : fait le plein de bonnes choses et de joie

Largeur : amélioration 80% ; paroles et actes, capacité de se dire et d’agir = être

Longueur : amélioration 80% ; persévérance, longanimité, force vitale

Profondeur : amélioration 70% ; discernement, jugement, humilité

Hauteur : amélioration 60 à 70% ; espérance, confiance

L’ensemble est une évolution qui passe par un abaissement de l’ego, vers l’amour de soi et de tous les hommes.

Photo: Wikimedia Commons
Melancholisches Madchen; Heinrich Hoerle

 

 

Catégories: Cas
Mots clés: cancer du sein, migraines, mélancolie, nostalgie, aller de l'avant, être désarmé
Remèdes: Holmium carbonicum

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