2012 Avril

Androctonus: la violence comme seule solution

de Hélène Renoux

banlieueMême si le phénomène de la violence dans les écoles des quartiers de banlieue est un problème social, évoqué par nos responsables de façon globale avec des solutions globales, le regard de l’homéopathie, et de l’homéopathe, permet une approche plus individuelle. Derrière une question sociétale se cache une myriade de souffrances personnelles et individuelles qui méritent d’être traitées comme telles.

Cyril est un garçon que j’ai vu naître, sa mère était déjà ma patiente enceinte de lui. J’étais alors enceinte de mon fils au même moment, et cette proximité entre nous a créé avec cette femme une complicité qui dure encore.

Son père que j’ai toujours trouvé égoïste et brutal a abandonné sa mère après la naissance, dans des conditions difficiles, du petit frère de Cyril. Il n’a ensuite continué à s’occuper de ses enfants que de façon épisodique, créant de nombreuses frustrations par ses promesses non tenues et inculquant aux garçons une image si dégradée de leur mère que ceux-ci ont très vite adopté à l’égard de celle-ci un comportement inacceptable. A dix ans, Cyril traitait déjà sa mère de « pauv’ c… » ou « va te faire enc… » devant le petit frère qui s’empressait de l’imiter, si par malheur elle avait l’audace de lui demander de ranger sa chambre ou de se laver les dents.

Une fois, très émue par le désarroi de cette femme et par l’ambiance de violence qui se dégageait des consultations où ses fils l’accompagnaient, j’ai écrit un courrier aux services sociaux en demandant que les enfants soient placés pour protéger leur mère. Elle m’a expliqué par la suite que cette lettre lui avait rendu de grands services. Elle ne l’a jamais utilisée auprès des services sociaux, mais l’a brandie comme une menace très efficace quand les enfants, et surtout Cyril, allaient vraiment trop loin.

A mon cabinet, l’ayant une fois repris à cause des mots insolents et grossiers qu’il se permettait devant moi, j’ai eu la désagréable surprise de lire le soir-même un « merde » au marqueur sur le mur de ma salle d’attente et une autre fois de trouver brisée une branche d’une de mes plantes vertes.

Au collège, il a plusieurs fois été exclu pour des bagarres dans la cour de récréation. Pour ses douze ans, il a été consulter dans un centre antimigraineux à cause de céphalées très violentes. La première prescription efficace pour cet enfant a été Fluoricum acidum, auquel j’avais songé pour son indifférence à ses proches et un terrain de laxité articulaire hérité de son père. Une dose a suffi à le débarrasser définitivement de ses maux de tête, et je me suis souvenue que lorsque son père était mon patient il avait les mêmes symptômes, ce qui évoquait une pathologie héritée.

Un jour, sa mère avait fait attendre les enfants dans la salle d’attente, le temps pour elle de me raconter l’enfer qu’elle subissait. A chaque retour d’un séjour chez leur père, elle trouvait ses garçons « remontés à bloc » contre elle. Cyril avait alors quatorze ans, il commençait à fumer et elle me décrivait un enfant, selon elle, en état de manque, explosant à la moindre remarque et avec des impulsions méchantes.

A ce moment-là, notre entretien fut interrompu par l’apparition, par l’entrebâillement de la porte de la salle d’attente, du visage décomposé du patient suivant : « Je me permets de vous interrompre car je suis très inquiet… Le petit  a été enfermé par son frère sur le rebord de la fenêtre et j’ai très peur qu’il ne tombe de la hauteur d’un étage dans la rue. »

Nous nous sommes précipitées, sous les hurlements de Cyril « Il m’a mal parlé, ne me laissez pas seul avec lui ! » ; le petit frère était en équilibre précaire cramponné à la rambarde de la fenêtre et nous avons eu la description de la scène par le spectateur encore tremblant.  « Le plus grand des garçons a essayé d’étrangler son frère devant moi, comme s’il ne me voyait pas, puis il lui a frappé la tête violemment contre la vitre et l’a finalement poussé sur la fenêtre. »

Le monsieur était encore sous le choc, Cyril semblait complètement indifférent à la peur qu’il avait pu inspirer comme au jugement que l’on pouvait avoir devant son attitude. C’est cette constatation qui m’a inspiré d’aller chercher illico dans ma réserve quelques granules que la mère a glissé sans attendre dans la bouche de son fils.

Après cette prise Cyril a cessé d’avoir des gestes agressifs. Une deuxième prescription du même remède, à la demande de la mère, dans une dilution plus élevée, a inauguré le lent changement du garçon.

C’est Cyril, lui-même, qui a demandé, à la fin du collège, de sortir du système scolaire et de devenir apprenti dans le même métier manuel que son père.

Maintenant que le petit frère se met à se battre lui aussi à l’école, à fuguer et à insulter les professeurs, c’est Cyril qui le corrige, en termes sommaires bien sûr et avec des menaces de lui « casser le gueule » !

Le remède prescrit m’est apparu comme une évidence devant la violence froide et sans remord de Cyril, son attitude comme s’il était coupé du monde extérieur, et la domination qu’il exerçait sur l’autre par la frayeur.

scorpionJ’ai pensé aussitôt à : Androctonus amoreuxii hebraeus, ou Scorpio, remède que nous devons à l’expérimentation de Jeremy Sherr.

Animal rudimentaire et agressif, inchangé depuis quatre cent millions d’années, il résisterait aux radiations ionisantes et au feu…. Il n’y a guère qu’en l’écrasant que l’on pourrait s’en débarrasser !

Les symptômes qui le caractérisent sont d’une part un détachement, comme si une barrière invisible le séparait des autres, il se vit comme d’une autre espèce (il a volontiers un regard fixe, étrange, et cette curieuse sensation d’avoir une vision tunellaire) et d’autre part une violence assortie d’une totale absence de remords.

Le monde extérieur lui paraît étranger et hostile, il doit chercher à contrôler et dominer autrui, comme  il domine également ses émotions.

Je me suis demandé, souvent, si cette violence chez cet enfant était quelque chose d’inné ou plutôt la résultante d’une souffrance psychique métabolisée de cette façon face à un manque de père, ou face à un empêchement d’amour maternel pour une mère dévalorisée à l’extrême aux yeux de ses enfants.

Chercher à comprendre pour éviter de juger…

La réponse personnalisée de l’homéopathie prend tout son sens auprès de cette clientèle de banlieue, qui cherche des solutions qui ne soient pas des recettes inadaptées aux souffrances personnelles, ni des conclusions hâtives basées sur l’incompréhension de l’enchevêtrement de dysfonctionnements globaux avec des réactions individuelles.

Photos: Wikimedia Commons
Immeubles Vitry sur Seine; Nicolas Vigier
Androctonus australis; Kmo5ap

Ce cas est adapté et issu de mon livre « visages de ma banlieue – sous le regard de l’homéopathie » Editions Edilivres.com, Novembre 2011.

 

 

 

 

 

Catégories: Cas
Mots clés: violence, détachement, domination
Remèdes: Androctonus amoreuxii hebraeus

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Posts: 1
Comment
Androctonus, la violence comme seule solution
Reply #1 on : Tue April 10, 2012, 00:38:17
Bonjour,
Je viens de découvrir ce site avec votre article traitant de la violence. Votre analyse "clinique" est pertinente et très juste à mon sens.La violence est un sujet que j'analyse sous tous ses aspects depuis plus de 40 ans et je suis arrivée aux mêmes constatations que vous.Un père manquant,une mère dévalorisée distante ou difficle à aimer,la violence est souvent le seul moyen leur permettant de se protéger d'un monde sans repère de sécurité.Il suffit parfois de très peu de chose pour éradiquer la peur et redonner confiance à ces êtres qui ont expérimenté la violence comme étant leur seule chance de survi.Votre approche très humaniste dans le cadre de votre excercice professionnel est une véritable perle dans cette banlieue qui a grand besoin d'être aidée. très bonne continuation

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